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Construire une planification industrielle à partir des besoins

Épisode II : trois étapes et dix jalons pour une politique industrielle de demain

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Depuis quelques années, la réindustrialisation de la France est devenue une préoccupation transpartisane sous l’effet d’une double mutation :

  • Longtemps synonyme d’une économie du passé, l’industrie a montré son caractère actuel, en particulier au moment du Covid quand la France a été incapable de se fournir en respirateurs ou masques.
  • Longtemps associée à la pollution, un consensus émerge sur le caractère indispensable de certaines filières industrielles pour la transition écologique (véhicules électriques, pompes à chaleur, industries lourdes pour les infrastructures de la bifurcation écologique, etc.)

Le groupe X-Alternative et le laboratoire d’idées Intérêt Général publient une note intitulée « Construire une planification industrielle à partir des besoins ». Organisée en deux épisodes, elle présente une description inédite de la situation industrielle française et de ses politiques en remettant au centre de l’analyse la question de la réponse aux besoins. Des propositions sont formulées pour bifurquer vers une industrie tournée vers la réponse aux besoins et aux défis actuels de souveraineté et de transition écologique.

L’épisode 1 « Repenser l’industrie et ses politiques » (décembre 2024) montre comment des décennies de politiques néo-libérales ont considérablement affaibli l’industrie française. Il propose une analyse inédite basée sur le taux de couverture (rapportant la production intérieure et la consommation par branche), montrant que l’industrie française est de moins en moins capable de répondre aux besoins. La couverture de la demande des branches industrielles françaises s’est considérablement dégradée entre 1980 et 2010 et entre 2010 et 2022, en particulier dans la métallurgie ou le bois et plus encore dans le textile, les machines et équipements. La quasi-totalité des branches industrielles françaises avait un taux de couverture supérieur à 100 % en 1980.

Les politiques industrielles sont désorganisées et entravées par une logique inefficace de soutien unilatéral à l’offre et d’accroissement de l’autonomie des acteurs privés. Ce premier pan des travaux propose  de bâtir de nouvelles politiques industrielles guidées par quatre grands principes :

  1. Partir des besoins du pays et de sa population et prioriser les plus “stratégiques”
  2. Garantir des productions accessibles et de bonnes conditions de travail
  3. Mettre la démocratie au cœur des politiques industrielles
  4. Respecter les limites planétaires et en particulier maîtriser la consommation des ressources


Une fois ces principes posés, que faire concrètement ? Comment mener dans le détail de telles politiques industrielles ? Ce deuxième épisode, intitulé « Méthode en trois étapes et dix jalons pour une politique industrielle de demain », propose dix points de méthode pour réussir cette  planification industrielle.

Les quatre premiers jalons décrivent les pré-requis à l’établissement d’une industrie capable de répondre aux besoins à la fois maintenant mais aussi à venir  et futurs :

  • Refuser la logique verticale dans les entreprises et développer les droits des salariés
  • Planifier les besoins de compétences et restructurer l’enseignement et la formation
  • Structurer les recherches fondamentales et appliquées pour développer une capacité d’innovation sociale-écologique
  • Sortir de la spirale du financement lucratif, en diversifiant les outils de financement des entreprises et en renforçant les aides publiques sous conditions

Les trois points suivants proposent un nouveau cadre institutionnel basé sur les filières industrielles. Il s’agit aussi de s’appuyer sur un nouveau cadre d’analyse systématisant le raisonnement « en nature » :

  • Planifier écologiquement les politiques industrielles, en redonnant à l’Etat des compétences techniques et en alignant les objectifs industriels avec les objectifs écologiques
  • Systématiser le raisonnement « en nature » en complément du raisonnement économique, pour répondre aux besoins exprimés en tonnes, en quantité d’énergie, en mètres, en un certain degré de qualité, en plus des unités de PIB
  • Planifier filière par filière, en priorisant les plus stratégiques vis-à-vis des besoins du pays et de ses habitant-es

Enfin, les trois derniers jalons pensent les interactions entre la planification industrielle nationale et les autres échelons géographiques :

  • Associer les collectivités locales  à la planification industrielle pour construire des politiques « situées » qui ont des effets directs sur des usines et des travailleur-ses
  • Transformer le cadre européen … ou le dépasser pour en finir avec la « libre-concurrence » et la rigueur budgétaire afin de renforcer les investissements publics industriels
  • Mettre en place un «gouvernement des échanges » commerciaux et entraver le libre-échange en passant des accords d’échanges solidaires avec d’autres pays et en assumant le protectionnisme écologique et social

Cette note n'est pas un manifeste de plus. Chaque jalon de la méthode débouche sur des propositions concrètes prêtes à nourrir les programmes de la gauche et les plateformes présidentielles. Et la précision va jusqu’aux filières elles-mêmes ! Neuf encadrés-filières, rédigés avec des expert·es des secteurs concernés, descendent jusqu'au cas pratique et visent à montrer à quoi peuvent ressembler les premières pierres de la planification industrielle par les besoins : de l'aéronautique, à la défense, en passant par l'intelligence artificielle, les matériaux, les métaux stratégiques et les machine-outils. De la doctrine à l'usine, la boîte à outils est complète.